Archives pour l'étiquette Seconde Guerre Mondiale

Faudrait être fou pour rater ça !

Sept psychopathes (scénario de Fabien Velhmann, dessin de Sean Phillips, couleurs de Hubert, éditions Delcourt, 2007)

Si IDDBD vous propose de découvrir un album dont le scénariste est le même que Le marquis d’Anaon, IAN, Les cinq conteurs de Bagdad, Green Manor et autres , n’hésitez pas une seconde ! C’est du bon, du très bon même ! Et Sept psychopathes confirment encore, s’il en était besoin, le talent de raconteur d’histoire (les fameux story tellers anglo-saxon) de Fabien Velhmann.

D’autant que l’exercice imposé par le concept de la nouvelle collection 7, chez Delcourt, relève du défi : il s’agit d’imaginer une histoire, en 62 planches maximum, réunissant à chaque fois sept personnages (sept pirates, sept mercenaires, sept missionnaires, sept voleurs…). Avec ses Sept psychopathes, Fabien Velhmann s’en sort haut la main, maîtrisant parfaitement son sujet. Justement, venons-en au sujet : en 1941, sept fous furieux (pour la plupart…) recrutés en Grande-Bretagne par les services secrets alliés sont chargés d’assassiner Hitler. Partant du postulat que ces Sept psychopathes adopteront chacun un comportement totalement imprévisible empêchant les nazis de prévoir leur attentat, les services secrets ont toutefois minimisé un risque : celui de voir leurs commandos devenir totalement incontrôlables !

Du rythme, de l’action, de la psychologie (autre que de comptoir s’il vous plaît : les personnages sont tous crédibles… ce qui fait assez froid dans le dos, ma foi…) et un final imprévisible : tous les ingrédients d’un excellent album sont réunis en même temps que ces Sept psychopathes.

Quant au dessin de Sean Phillips, son style apparenté aux meilleurs comics américains renforce encore les ambiances mises en place par Fabien Velhmann. Le tout forme un ensemble cohérent de très belle facture. A ne pas rater la prochaine fois que vous le verrez dans les bacs de votre libraire préféré ou sur les rayons de votre médiathèque atitrée…

A feuilleter : la fiche-album et un extrait sur le site des éditions Delcourt

A lire : l’excellente critique de L. Cirade sur BD Gest’

A savoir : les Sept voleurs sont sortis le 12 septembre dernier et les Sept pirates sortiront le 21 novembre prochain…

Guerre et paix…

War & dreams (scénario de Maryse et Jean- François Charles, dessin de Jean-François Charles, éditions Casterman)

Les auteurs d’India Dreams nous proposent encore un voyage plein se sensibilité au pays des souvenirs qui se confond, cette fois, avec un petit coin de la côte normande, près du cap Nez-Gris.

Quatre hommes d’âge mûr (un allemand, un anglais, un américain et un français) vont s’y croiser plusieurs années après la fin de la seconde guerre mondiale. Le lien entre ces hommes, ce sont justement ces souvenirs qu’ils revivent chacun sur les lieux même où ils ont brisé leur jeunesse.

Le scénario de ce premier tome, paru en janvier 2007, est particulièrement efficace. Il réussit à nous faire partager les sentiments des protagonistes, sans manichéisme, avec réalisme (les personnages ont une vraie épaisseur psychologique, surtout l’allemand autour duquel tourne ce premier tome). Il pose également la trame d’une histoire que l’on sent bien plus complexe que de simples retrouvailles pourraient le laisser penser : quel est le lien entre les quatre hommes ? Certains (dont le français) semblent avoir reconnu l’allemand. Pourquoi l’anglais a-t-il choisi d’acheter une maison là précisément ? Nul doute que le deuxième tome à venir livrera une partie des secrets que recèle le premier opus.

Ah ! Et le dessin de Jean-François Charles ! Comment ne pas en parler ! Magnifique ! Quelle maîtrise ! Même si l’ensemble reste graphiquement classique, le dessin en couleur directe peinte fait de War & Dreams une véritable œuvre d’art à part entière…

A lire : l’interview de Jean-François Charles sur le site actuabd.com

A lire : la critique du BD blog du Sud Ouest

Je suis légion

(scénario de Fabien Nury, dessin de John Cassaday, couleurs de Laura Depuy, éditions Les Humanoïdes Associés)

Et si IDDBD vous emmenait au cinéma (ça change du restaurant !) ? Ca vous tente ? Mais rien de gnangnan (promis juré ce n’est pas encore une comédie sentimentale) ou de déjà vu (pas de western donc). Non, du vrai cinoche fantastique, de celui qui vous fait vous recroqueviller dans votre fauteuil, qui vous fait déglutir votre salive en même remps que votre pop-corn, qui vous dilatte les pupilles et fait perler la sueur sur votre front, goutte à goutte…

Le titre du film, c’est Je suis légion. Le scénariste, c’est Fabien Nury, le créateur de W.E.S.T. Le cinéaste, c’est John Cassaday, un jeune dessinateur de comics américain. Attention, la lumière s’éteint. L’écran s’illumine. Vous ouvrez les premières pages de l’album et déjà votre nuque vous picotte.

1942. La seconde guerre mondiale est à un tournant mais personne ne le sait encore. Les nazis volent de succès en succès dans toute l’Europe, l’Angleterre est pilonnée par les bombardements incessants de la Lufwaffe et les Etats-Unis viennent à peine d’entrer en guerre.
Dans l’ombre, loin des champs de batailles, des forces colossales sont à l’oeuvre. Et ces forces obscures ne sont pas seulement le fait des services secrets ou des réseaux clandestins. Non, deux frères ennemis, deux puissances fantastiques, deux entités aussi vieilles que le monde se cherchent et s’affrontent par le biais des humains qu’elles contrôlent à distance, chacune dans leur propre camp.
Comment ? Il suffit qu’un humain reçoivent un peu du sang de ces créatures ancestrales pour qu’il devienne une marionnette entre leurs mains terrifiantes. Ces êtres, les roumains les nomment strigoï. En Occident, ils sont plus connus sous le nom de vampires ou, comme le relate l’évangile de Marc, chapitre 5, verset 9, de démons (« Alors le Seigneur s’approcha de l’homme et lui demanda son nom : « Légion », dit l’homme, « car nous sommes nombreux. »).

Au moment où nous les rencontrons, les nazis tentent d’utiliser l’une de ses entités qui a pris vie dans le corps d’une petite fille roumaine, Ana. En face, infiltré dans les services secrets britanniques, l’autre créature se glisse violemment de corps en corps, à la recherche de son double…
Bien entendu, ses agissements laissent des traces sanglantes. Conduite par Stanley Pilgrim, une équipe d’enquêteurs hors normes (qui n’est pas sans rappeler l’équipe de W.E.S.T.) est chargée d’élucider cette série de meurtres horribles. Malheureusement (ou heureusement…), les policiers anglais ne savent pas encore à quoi ils s’exposent ni ce qu’ils s’apprêtent à affronter réellement…

Je vous garantis que vous ressortirez des deux premiers tomes de Je suis légion aussi terrifiés que si vous vous étiez enfermés dans une bonne vieille salle obscure. Fabien Nury nous a – une fois de plus – concocté un scénario époustouflant (histoire, personnages…), mis en dessin par un John Cassaday à la hauteur de sa réputation.
Où il est démontré – encore et toujours – qu’une bonne BD n’est pas seulement une série de petites cases dessinées. Alors quand il s’agit d’une excellente BD…

Le troisième et dernier tome de Je suis légion n’est pas encore annoncé (en 2008 ?). Ca vous laisse le temps de dévorer les deux premiers… J’ai dis « dévorer » ?

A découvrir : le site des éditions Les Humanoïdes Associés consacré à la série Je suis légion

A voir et à entendre : l’interview de Fabien Nury sur livres.tv (trouvé grâce au site sceneario.com et à ses excellentes critiques des deux premiers tomes de Je suis légion…)

Le vol du corbeau

(scénario et dessin de Jean-Pierre Gibrat, collection Aire Libre, éditions Dupuis)

Samedi dernier, IDDBD vous conseillait la lecture du magnifique diptyque Le sursis de Jean-Pierre Gibrat, une chronique rurale pendant l’Occupation, et vous encourageait à lire l’autre diptyque du même Gibrat, Le vol du corbeau, qui constitue une sorte de continuité du premier sans en être véritablement la suite. Dans l’intervalle, IDDBD a relu Le vol du corbeau. Verdict ? Continuer la lecture de Le vol du corbeau

Le sursis

(scénario et dessin de Jean-Pierre Gibrat, collection Aire Libre, éditions Dupuis)

Attention, pur chef d’oeuvre en vue ! Pour ceux qui connaissent cette BD en deux tomes sortie en 1997, il n’y a pas de surprise mais le souvenir d’une histoire particulièrement bien menée par un Gibrat plus qu’inspiré… Pour les autres, il y a urgence à lire ce diptyque magistral sous peine de grave manquement culturel et artistique ! Car Le sursis est l’illustration (!) même de ce que peut donner de meilleur un auteur complet.

Le scénario est d’une intelligence rare et non diluée (deux tomes denses mais faciles à lire, palpitants mais sans effets de manches inutiles…). Quant au dessin, il est tout simplement somptueux. Vous connaissez peut-être la propension d’IDDBD à vouloir absolument classer les albums en fonction de leur style : académique ou expressionniste (voir la chronique d’Isaac le Pirate). Au cas particulier, cette distinction n’a pas lieu d’être : le trait et la mise en couleur sont académiques (quel talent mes aïeux !) mais expriment toute la palette des sentiments humains avec un réalisme et une émotion tangibles. Du grand art !

L’histoire du Sursis, c’est celle de Julien, un jeune homme qui échappe au STO pendant la Seconde Guerre Mondiale après avoir sauté du train qui l’emmenait vers l’Allemagne. De retour dans son village natal de l’Aveyron, il se planque, avec l’aide de sa tante età l’insue de la population, au deuxième étage de l’école communale. De là, il assiste à son propre enterrement (le train qu’il a quitté ayant été bombardé, tout le monde le croit mort…) et à la vie quotidienne des habitants du village. Il observe aussi son amie Cécile, d’abord de loin puis de plus près…

Le sursis dresse un tableau particulièrement réaliste de la période d’Occupation, avec ses miliciens, ses collabos actifs et passifs, ses résistants de la première heure, et tous les autres, la masse des indécis, des indifférents… Le talent de dessinateur de Gibrat renforce la crédibilité des personnages, des situations et des ambiances : on se trouve plongé, le temps de deux albums, entre 1943 et 1944, jusqu’au dénouement final, imprévisible, étonnant…

Vous l’aurez compris (mais bon, je me répète), Le sursis est une oeuvre incontournable qu’il est essentiel d’avoir lu… Et lorsque vous aurez lu Le Sursis, comme je sais que vous en voudrez encore, foncez donc dévorer le Vol du Corbeau (également en deux tomes) du même auteur, qu’IDDBD chroniquera prochainement…

A visiter : le mini-site consacré au diptyque Le sursis

A voir (pour le plaisir) : les planches originales de Jean-Pierre Gibrat sur le site de la galerie Daniel Maghen

 

Chronique | Maus

Maus (scénario et dessin d’Art Spiegelman, publié en France aux éditions Flammarion)

Il est des oeuvres d’art essentielles, des oeuvres qui – égoïstement – nous font nous sentir un peu plus humains. Ces oeuvres sont rares et précieuses. Maus est l’une de ces oeuvres.
Pas seulement parce qu’elle est la seule bande dessinée a avoir reçu le prestigieux prix Pulitzer (en 1992). Ce n’est qu’une conséquence logique des qualités du chef d’oeuvre d’Art Spiegelman.
Pas seulement parce qu’elle évoque la Shoah avec une intensité rarement égalée dans une oeuvre littéraire ou cinématographique… Ce qui fait de Maus une oeuvre aussi essentielle, c’est aussi la façon dont elle aborde la question du témoignage.
Comment recueillir et retranscrire la parole des survivants de la barbarie nazie avant qu’elle ne s’éteigne définitivement ? C’est cette question qui taraude Art Spiegelman, tout autant que la teneur du témoignage. Pour en comprendre l’importance, il faut savoir qu’Anja, sa mère, elle-même rescapée des camps nazis, s’est suicidée 22 ans après…
L’oeuvre d’Art Spiegelman est donc tout à la fois le témoignage de Vladek, son père, vieux juif polonais rescapé d’Auschwitz et immigré à New-York, et une chronique de la façon dont il a recueilli ces souvenirs.
Pour cela, il lui a fallu surmonter les heurts, les non-dits, et la pudeur de la relation père-fils. Il lui a fallu voir Vladek tel qu’il était, avec ses travers, ses faiblesses, pour ne pas en faire un symbole héroïque mais juste le témoin très humain des évènements qu’il a vécus.
Ce parti pris renforce la crédibilité du témoignage rapporté par Art Speigelman. J’avais d’abord écrit « renforce la crédibilité, s’il en était encore besoin, …« . Puis je me suis corrigé. Car malheureusement, « il en est encore besoin » lorsque les négationismes de tout bord se font chaque jour plus pressants. C’est aussi pour cela que Maus est une oeuvre essentielle. On en revient à la question du témoignage.
Une dernière chose avant que vous ne vous précipitiez acheter ou emprunter cette bande dessinée : vous pouriez être destabilisés par le trait et l’absence de couleur. Ne vous en inquiétez pas. Vous vous rendrez compte que les choix artistiques d’Art Spiegelman accroissent la puissance de son oeuvre.
L’emploi du noir et blanc s’impose d’évidence. Quant aux personnages, leur forme animale (les juifs sont représentés par des souris et les nazis comme des chats) atténue les repères visuels (photos, extraits de films) que nous avons habituellement sur la Shoah pour mieux la (re)voir, comme avec  des yeux neufs.

Pour la petite histoire, Maus a été publié aux Etats-Unis à partir de 1972, d’abord sous la forme de courtes bandes dessinées (des strips), puis en 1977 sous la forme d’un premier recueil (Breakdowns, From Maus to Now) pour enfin aboutir, en 1982, à la version définitive du premier tome (A Survivor’s Tale). Publié d’abord dans la revue Raw, fondé par Art Spiegelman et Françoise Mouly, sa femme, puis par Pantheon Books en 1986, ce premier tome est suivi d’un second en 1991. Traduit en dix-huit langues, Maus est arrivé en France en 1987 (pour le premier tome, suivi en 1992 du second puis, en 1998, de l’intégrale, le tout chez Flammarion).

A lire : la biographie d’Art Spiegelman sur wikipedia.

A savoir : Art Spiegelman a réalisé, depuis Maus, un autre ouvrage important sur lequel IDDBD reviendra dans l’une de ses chroniques. Il s’agit de l’album A l’ombre des tours mortes, publié après les attentats du 11 septembe 2001…