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Chronique | Vie de Mizuki (Shigeru Mizuki)

A plus de 80 ans et après une vie artistique particulièrement bien remplie, Shigeru Mizuki décide de se pencher sur sa vie. Pour cela, il utilise sa plume et le dessin si particulier qui ont su séduire des milliers de lecteurs à travers le monde. Une autobiographie fleuve… Continuer la lecture de Chronique | Vie de Mizuki (Shigeru Mizuki)

Dimanche KBD : NonNonBâ

Fin du mois consacré aux prix du festival d’Angoulême avec le seul manga à avoir été récompensé du Fauve d’Or : NonNonbâ de Shigeru Mizuki.

Mizuki, auteur d’un dictionnaire des Yokaï, les esprits japonais, est une véritable figure au japon. Il aime jouer avec les contes fantastiques japonais. Bref, pour (re)découvrir cet album, je vous laisse entre les mains de Mo‘ et de la synthèse de la semaine.

Un avant goût du mois prochain…

Pour retrouver la chronique d’IDDBD c’est ici.

Kitaro le repoussant

scénario et dessins de Shigeru Mizuki, éditions Cornélius

Petit, laid mais vaillant

Le grand public européen a découvert un des mangaka monument du Japon en 2007 par l’intermédiaire de NonNonba, premier manga à recevoir le prix du meilleur album à Angoulême. Dans le même temps, les éditions Cornélius, toujours avec le souci d’un travail éditorial impeccable, ont publié Kitaro le repoussant. Cette série, incontournable au Japon, est considérée comme l’œuvre majeure de Shigeru Mizuki.

Amoureux des contes et des traditions populaires, le vieux mangaka (il est âgé aujourd’hui de 86 ans !) met en scène les fameux Yokaï. Vous savez les créatures fantastiques omniprésentes dans la culture japonaise.  Comment ça, non ? Si vous n’avez pas encore lu NonNonBa (malgré les conseils d’IDDBD), vous aurez déjà sûrement vu les films d’animations de Hayao Miyazaki comme Princesse Mononoke, Mon voisin Totoro ou Le Voyage de Chihiro. Ah ! Je le savais que les lecteurs d’IDDBD avait bon goût ! :-)

Kitaro est le dernier descendant de la tribu des morts-vivants. Né borgne, sorti du ventre de sa mère morte et enterrée, accompagné d’un père se résumant à un seul œil (mais avec des bras et des jambes !!!), il est chargé de résoudre les conflits et incompréhensions entre humains et créatures surnaturelles. Petite métaphore pour parler de modernité et traditions.

Genre d’anti-superhéros japonais, le petit mort-vivant, doté de pouvoir surnaturel que l’on découvre aux fils de ses aventures, joue son rôle avec sérieux et souvent au péril de sa vie et de son intégrité physique. Ses aventures le mènent vers des lieux incroyables (du cimetière à l’au-delà en passant par les îles du sud du Japon), affrontant ou s’alliant avec des créatures magiques et terrifiantes (le fameux bestiaire fantastique japonais mais aussi des personnages issus de la tradition occidentale) et se retrouvant dans des situations déconcertantes et/ou inconfortables.

Souvent burlesques, toujours décalée, riches (elles ont bien souvent deux voire trois niveaux de lectures) et surprenantes, les histoires de Kitaro le repoussant sont des portes ouvertes vers une imagination débridée, celle de Shigeru Mizuki. En entamant une de ces histoires (il y en a environ 5 par album) vous ne saurez jamais où vos pieds vont atterrir. Si l’on sait à peu près comment les choses vont se terminer, les méandres des aventures de Kitaro sont bien souvent complexes. Rien de mieux pour attiser la curiosité des lecteurs.

Malgré les années, la première publication date des années 60, le petit Kitaro n’a pas pris une ride et reste un monument du manga.

Pour compléter votre lecture :
Yokaï, dictionnaire des monstres japonais. Volume 1 : A-L par Shigeru Mizuki (le volume 2 est à paraître le 18 juin). Le manga présente plus de 500 yokaï. Passionnant pour les amateurs !

A noter : Kitaro le repoussant tome 5 paraitra le 26 juin.

Nononba : esprit : est-tu là ?

Nononba (scénario et dessin de Shigeru Mizuki, éditions Cornelius, 2006)

Ce manga d’un auteur encore inconnu du grand public français il y a quelques mois a été récompensé du prix du Meilleur album 2006 à Angoulème en Janvier dernier.
Epais, (414 p.), et publié dans la collection Pierre, Nononba est un pavé jeté dans la mare des publications BD française et dans celle des mangas tout court. Il faut évidemment aimer cette littérature et goûter aux plaisirs du manga dit « adulte » (rien à voir içi avec l’érotisme) pour apprécier pleinement ce gros volume en noir et blanc où l’action ne prime pas; mais quel plaisir,  quelle jubilation !…

Mizuki est né en 1922 et se pose donc comme l’un des plus anciens créateurs de manga encore vivant. Il a eu une vie plutôt exceptionnelle, puisque malgré des aptitudes précoces au dessin,  pris jeune dans les  méandres de la guerre du pacifique, on nous explique dans sa bio (site Cornelius) qu’il a été mutilé et que prisonnier, il a vécu au sein de tribus autochtones avant de revenir au pays et de faire sa carrière de mangaka.

Il a gardé de ces expériences et de l’accompagnement, enfant, d’une grand-mère portée sur la sorcellerie un fort penchant pour le surnaturel, thème de la plupart de ses ouvrages (les fameux Yokaïs, esprits frappeurs traditionnels), mais aussi une grande humanité que l’on retrouve très présente dans ses récits. Certaine scènes, tellement fortes, et aux dialogues si bien choisis ne peuvent d’ailleurs être que des moments vécus.
C’est en grande partie ce qui fait la qualité de ce Nononba, du nom de la même grand mère complice de notre jeune héro Shigéru Muraki.

Au niveau graphique, on cite souvent Taniguchi et ses trames très propres (trop ?) lorsqu’il s’agit de qualité dans le manga. Içi, nul classissisme au cordeau, mais plutôt un mélange entre souplesse d’un trait un peu gras et rigueur d’une trame fine souvent horizontale . Une sorte de mix improbable entre un Nakazawa, l’auteur de Gen d’hIroshima et un Taniguchi…

Je ne peux résister à l’envie de vous proposer un extrait de philosophie pure, tirée des nombreuses cases consacrées aux moments de discussion entre Shigéru et son père.


Mêlés au fil fantastique du récit et à sa poésie inhérente (la mer qui refloue, la séparation d’avec la petite fille, les discussions entre enfants…) , ces moments d’échanges intimes apparaissent finalement comme  ce que l’on fait de plus fort en littérature, ce qui porte aussi souvent un roman, et ceux-ci pourront rappeler aux plus cinéphiles l’ambiance de films de réalisateurs japonais comme Mizoguchi ou Imamura.


…Meilleur album ?… sans aucune réserve, et à mettre entre toutes les mains !!

A lire aussi : chez le même éditeur : Kitaro le repoussant et 33 rue des mystères

Pour aller plus loin : une présentation de l’univers des mangas adultes (fichier PDF)

*photo de l’auteur provenant de son site officiel : http://www.japro.com/mizuki/

NonNonBâ : Meilleur album Angoulême 2007

(scénario et dessins de Shigeru Mizuki, éditions Cornélius)

Shigeru Murata (alias Mizuki) vit dans le petit village de Sakaï-Minato. Dans le japon des années 30, les enfants passent leur temps à jouer à la guerre. Mais Shigeru, lui, dessine. Ses premières histoires sont inspirées par NonNonBâ, une vieille femme pauvre, mystique et superstitieuse que sa famille a recueilli chez lui. Cette femme va lui faire découvrir le monde des Yokaï, les fantômes, esprits et autres manifestations étranges qui peuplent les campagnes et les contes japonais.


Chronique d’une époque, d’une société, de croyances ancestrales du japon, de vie quotidienne, on peut qualifier NonNonBâ de chef d’œuvre. Si comme moi, vous avez rêvé en voyant Mon voisin Tottoro,  tremblez devant les esprits du Voyage de Chihiro, combattu au côté de Princesse Mononoke, bref, découvert le cinéma d’animation japonais en compagnie de Miyasaki et des esprits qui hantent ses films, alors la lecture des 400 pages de NonNonBâ
est pour vous. Avec le regard d’un enfant de 10 ans, vous entrerez dans le monde des Yokaï et de Shigeru Mizuki. Au rendez-vous angoisse, rire, révolte, bref tout ce qui fait le talent et les très grands auteurs.


Avec cet album, prix du meilleur album à Angoulême cette année (pour ceux qui aurait oublié), les éditions Cornélius montrent leur très grand savoir-faire. Non seulement l’adaptation est de très bonne qualité (respect total de l’œuvre originale) mais en plus, ils nous livrent toutes les explications nécessaires pour décrypter correctement les nombreuses références et ainsi prendre la pleine mesure du talent de Mizuki. Messieurs, Dames, voici ce qu’on appelle un éditeur !


Un seul mot, lisez-le, vous manqueriez quelque chose de grand. De ces albums qui marquent leur temps et leur genre. Un chef d’œuvre quoi !