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Welcome to the Death Club

(scénario et dessins de Winshluss, 6 pieds sous terre/Cornélius (2002), (2010) )

Quand vous aimez l’humour noir, quand Les Idées Noires de Franquin sont autant de textes sacrés pour l’athée que vous êtes, le titre même de cet album à quelque chose d’attirant.

Pour la plupart issues de la magnifique et démoniaque revue Jade (oui, je soupçonne les gens de 6 pieds sous terre d’avoir pactisé avec le démon pour réaliser leur revue !!), ces nouvelles de Winshluss sont des petites pierres à l’édifice de l’humour sombre, décalé, franchement gore et politiquement incorrect. Vous, ô ami respectueux de la belle BD, du beau graphisme, de la belle morale à la fin qui finit bien, du scénar’ qu’ont a vu 10 fois, de la série à 19 tomes qu’on vous remet un 2e cycle derrière parce que la vache a encore un peu de lait, passez votre chemin. Welcome to the Death Club est une insulte à tout ce que vous aimez, mais certainement pas à la bande dessinée.

Si le dessin reste en noir et blanc (revue Jade oblige), on retrouve déjà ce trait énergique à la fois expérimental et très inspiré des comics underground. Winshluss s’amuse et varie son trait en fonction de ses besoins. Mettant tour à tour en scène, et sans aucun dialogue, un écrivain bohème, un détrousseur de cadavres, le fils de la mort rêvant d’être un ange, la Mort elle-même passant un bien mauvais quart d’heure au bord d’une route, un mécano rêvant d’être célèbre, bref toute une galerie de personnages qu’il va maltraiter au plus haut point. Winshluss joue avec les petits et les grands travers de l’humanité pour rendre ses histoires encore plus cyniques, sordides, immorales… et drôles. Car ne l’oublions pas, l’humour noir est ici la règle d’or. Et quand l’humour noir devient satire sociale, alors on atteint des sommets dans le macabre.

Évidemment, cet album est bien en-dessous du chef d’œuvre stratosphérique qu’est Pinocchio (ne cherchez pas il n’est pas encore sur IDDBD). Mais Welcome to the Death Club est une petite pépite à lire et à relire les soirs de dépr… Euh, non quand il fait beau et que vous venez d’avoir une augmentation.

A noter, initialement publié chez 6 pieds sous terre en 2002, l’album a été réédité (en version augmentée) en 2010 par Cornélius avec toujours ce même souci de qualité. On les en remercie (encore) !

A lire : les chroniques sur Le Cafard Cosmique et Fluctuatnet
A voir : le reportage de l’emission Kultur sur Arte consacré à Winshluss et son Pinnochio

Attention : cette chronique s’inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD

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Un monde précieux

La cité saturne (scénario et dessins de Hisae Iwaoka, Kana, série en cours)

Dans un futur plus ou moins proche, la terre est devenue une zone inhabitable. Les habitants se sont donc réfugiés dans un anneau orbital entourant la planète à plusieurs millieurs de kilomètres de distance. Cet anneau est divisé en 3 niveaux, correspondant chacun à une strate sociale. Le niveau supérieur est composé des plus hauts dirigeants et des personnes les plus riches, les niveaux inférieurs étant réservés aux « gens du commun ». C’est dans le niveau intermédiaire que Mitsu termine ses études. A peine sorti du collège, le voici recruté par le syndicat des laveurs de vitres. A priori, un petit job tranquille ? Sauf, qu’il ne s’agit pas de laver les carreaux de mamie ! Non, Mitsu et ses collègues sont chargés des vitres extérieures de la méga-structure. Autant dire que ce n’est pas un travail de tout repos ! Entre les chutes d’objet stellaires, les glissades, les UV et les vents, ce travail est même dangereux. D’ailleurs, 5 ans auparavant, le propre père de Mitsu est tombé. Depuis, le syndicat refusent systématiquement les contrats rares mais trop dangereux émanant du niveau inférieur. Ce dernier est donc condamné à la crasse des poussières stratosphériques. Voici donc Mitsu, avec le souvenir de son père en tête, faisant l’apprentissage d’un monde professionnel propre à ces métiers durs, où honneur, courage & humilité sont au rendez-vous.

Malgré des normes graphiques historiquement établies, l’univers du manga possède des dessinateurs avec des traits particulièrement reconnaissables. Je songe en particulier à des auteurs comme Taniguchi, Kiriko Nananan, Ebine Yamaji, Hiroaki Samura (L’habitant de l’infini). Au hasard de mon butinage hebdomadaire dans ma librairie, j’ai entr’aperçu ce petit manga au dessin arrondi et immédiatement un doute m’a assailli… J’avais déjà vu ça ! Ce dessin faussement naïf mais fourmillant de détail, cette atmosphère particulière plongée dans un univers cotonneux prenant, attirant, une atmosphère où réalisme et songe se retrouvent. Ah oui j’avais déjà vu ce dessin ! J’ai acheté ce premier volume et ce n’est que rentré chez moi que j’ai levé le mystère : YumenosokoHisae Iwaoka était donc cette formidable mangaka qui m’avait enchanté il y a deux ans avec ce one-shot déjà enthousiasmant !

C’est donc avec un apriori favorable que j’entamais complètement la lecture de cette Cité Saturne… et c’est avec ce même sentiment que je la refermais. Ce premier volume est assez classique pour un manga. Il pose les jalons de l’univers, situant les personnages principaux et secondaires et déroulant le fil rouge de l’histoire : le mystère entourant la chute de son père et indirectement la fascination du père et du fils pour la planète originelle. Mais la grande force de ce manga tient tout autant à sa construction solide qu’à la multiplication de trouvailles farfelues et poétiques symbolisés par les multiples découvertes de notre héros. L’extérieur regorge de détails et finalement, ce no man’s land apparaît bien plus peuplé que prévu. De souvenirs évidemment, mais aussi de rencontres avec les êtres improbables le peuplant et surtout avec les clients. Entrant indirectement dans l’intimité de ces gens, ces laveurs de carreaux bénéficient d’une liberté aérienne qui font d’eux des êtes à part dans cette civilisation enfermée et constituent peut-être un élément lui permettant de rester liée. Mais en ont-ils conscience ? Pas sûr. Certainement pas. Et pourtant, même s’il se l’explique mal, tous ces travailleurs de l’extrême sont attachés à cette façon de vivre un peu particulière. Finalement, avant d’être de la SF, La Cité Saturne parle avant tout de l’humain, de la vie.

Cette improbable histoire de laveurs de carreaux stratosphériques est entrainante, surprenante et d’une poésie qui semble propre aux œuvres d »Hisae Iwaoka. Une œuvre légère, simple mais loin d’être superficielle. Bref, une série à suivre (tome 3 prévu début mai 2010) et comptez sur nous pour ça !

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Noblesse des bas-fonds

Rébétiko : la mauvaise herbe (scénario et dessins de David Prudhomme, Futuropolis)

Bon allez ça reste entre nous mais je dois vous avouer quelque chose ! Rébétiko était mon favori dans  la sélection angoumoisine de cette année. Dommage… Z’ont préféré la finesse des banlieues à la poésie, c’est leur affaire après tout.

Le Rébétiko est une musique populaire grecque née dans les années 1920 dans les bas-fonds des grandes villes (Athènes en particulier). Comparable au fado par ses thèmes (les amours impossibles, l’exil, la pauvreté, le quotidien…), elle est une rencontre entre les traditions orientales et occidentales de la méditerranée.  Les rébétes, les musiciens du rébétiko, étaient souvent des expatriés turques ou des grecs insulaires exilés sur le continent, la plupart du temps des marginaux n’ayant pour seul mot d’ordre que musique, liberté et produits peu autorisés.

Notre histoire commence un matin d’octobre 1936 à Athènes, Stavros se lève dans une chambre ensoleillée, cigarette au bec. Il part rejoindre ses amis à la prison car Markos sort après 6 mois d’emprisonnement.  Son crime ? Hormis être rébéte ? Pas grand chose. Nous sommes au début de la dictature du Général Metaxas qui a juré de lutter contre l’amollissement des mœurs de la société. Les exilés, les étrangers et surtout leur musique sont des coupables tout trouvés, comme toujours (et encore) les premiers servis lorsqu’il s’agit de rétablir un prétendu ordre moral perdu. Mais Stravros, avec une légèreté propre à ces hommes, ne s’occupe pas de politique et ce soir, pour la sortie de Markos, ce sera la fête ! Et la nuit est prometteuse ! Voici donc raconté en une centaine de planche, une journée et une nuit de ces musiciens et de ces hommes hors norme… la mauvaise herbe que l’on souhaite arracher.

Et c’est de cette mauvaise herbe que naît la magie, la magie d’une musique venant de la crasse des bidonvilles, une musique pourtant emplie d’espoir, de liberté et d’insouciance. Rébétiko est un album à la hauteur de ses ambitions avec des personnages magnifiques, gonflés d’orgueil et de folie douce, amoureux de leur musique et d’une vie qu’il ne souhaite pas brader pour des idéaux poisseux. Album nourri d’une atmosphère sublime, où l’on sent la moiteur d’un automne méditerranéen, où la vie et la nuit grouille malgré une société clouée par la dictature, une atmosphère où les références à l’orient et l’occident se rejoignent dans un même dialogue. Et les dessins de David Prudhomme ! Gorgé de soleil, cherchant la finesse dans les traits et l’érotisme dans les courbes, donnant aux danseurs de rébétiko des allures de pythies, les oracles grecques qui entraient en transe pour prophétiser la parole divine.

On sent l’énorme travail de recherche de David Prudhomme mais on y devine surtout sa grande sensibilité, car pour un homme qui n’est pas musicien (avant propos de l’album) il a réussi à ressortir l’essence même de la musique populaire. Un album d’une incroyable beauté qui aurait mérité beaucoup plus qu’un prix Regards sur le monde.  Mais l’important n’est pas là, il est au-dessus… Tout là-haut.

A voir absolument : un blog consacré à la BD avec dessins, liens, vidéos sur le sujet. Très intéressant !!
A lire : l’avis d’un éminent spécialiste

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Simplicité du complexe… ou l’inverse ?

American Splendor – Anthologie. Volume 1/3 (scénario d’Harvey Pekar, dessins de Robert Crumb, Gary Dumm, Gerry Shamray, Greg Budgett et Kevin Brown ; éditions çà et là)

En ce moment, je fais dans l’historique. Non pas la BD historique parce que ce n’est pas ma tasse de chocolat (je n’aime pas le thé désolé) mais je me penche sur les « grands ancêtres » de l’art séquentiel. Cette semaine, j’avais le choix entre un mangaka et un auteur underground… L’américain a gagné le pile-ou-face, je garde donc l’autre sous le clavier et la surprise pour la semaine prochaine.

Donc Harvey Pekar et l’anthologie American Splendor volume 1 (3 sont prévus par les éditions ça et là)…

Mon parcours de bédéphile amateur a rencontré Harvey Pekar lors de l’édition en français de The Quitter (Le dégonflé) en 2007 par Panini. C’est Hector, confrère et ancien chroniqueur d’IDDBD, qui nous en avait fait ici la chronique. Eminent spécialiste de comics (et de tout un tas d’autres choses), il avait été dithyrambique concernant l’œuvre de ce talentueux scénariste de la BD américaine. Et, comme très souvent (nous n’évoquerons pas la notion de roman graphique aujourd’hui), il avait raison.

American Splendor est avant tout l’histoire d’une rencontre entre un petit fonctionnaire américain, lettré, amateur et critique de jazz avec la bande dessinée underground durant les années 60. Surpris par l’approche nouvelle de ce courant et les possibilités narratives offertes par ce média, Harvey Pekar décide de poser sur le papier ses premières histoires. Encouragé par Crumb, à l’origine de sa vocation, il s’auto-édite en 1976 avec des planches signées Gary Dumm, Gerry Shamray, Greg Budgett, Kevin Brown et évidemment Robert Crumb, déjà pape de la BD underground. Le succès n’est pas immédiatement au rendez-vous, comme souvent avec les choses novatrices, mais l’importance de l’œuvre de Harvey Pekar est déjà fondamentale.

Si aujourd’hui, les autobiographies en BD sont légions, parfois au détriment d’une certaine imagination (mais ce n’est que mon point de vue personnel), c’est beaucoup moins le cas en 1976. Harvey Pekar se raconte à Cleveland : son boulot, son divorce, ses amours, ses passions, ses pulsions, ses folies, sa ville, son environnement, ses rencontres… Rien n’est laissé au hasard.
Navigant entre un monde ouvrier dont il ne voudrait surtout pas s’éloigner et un univers d’intellectuel où il ne sent pas à sa place, Pekar retranscrit cette différence dans ses récits et impulse une nouvelle façon de faire de la BD en ouvrant un champ d’action inédit. Sans détour ni ménagement parfois même avec violence, il dresse son propre portrait mais également celui d’une amérique désenchantée, moins fière de ses symboles et revenue de sa culture. Une amérique perdue ? Un homme perdu ? Non pas autant qu’il n’y parait. Harvey Pekar, américain moyen, vit et survit dans un monde qu’il observe d’une manière différente mais véritablement réfléchi, tout comme la plupart de ses choix personnels.

Hormis son héros (qui parfois change de nom), ne cherchez pas de liens entre les nouvelles de cette anthologie (regroupant des histoires parues entre 1976 et 1982). Là encore, ces histoires ont l’air d’avoir été écrites comme un journal intime, sans recul de temps, « à chaud ». Cette immédiateté les rend différentes dans le ton, dans la manière de les construire mais aussi dans leur importance. Impression renforcée par les différents graphismes dus aux changements de dessinateur. Parfois fondamentales pour comprendre l’homme Pekar, parfois totalement anecdotiques et humoristiques, elles illustrent parfaitement sa devise : « La vie ordinaire, c’est un truc assez complexe ».

Pas mieux.

A lire : les chroniques d’Hector sur IDDBD consacrée The Quitter et sa chronique du Best Of American Splendor.
A voir : le site et le blog des éditions çà et là
A voir : le site des éditions Cornélius qui préparent un volume spécial de l’intégrale Robert Crumb aux années American Splendor
A voir : les images du film American Splendor sortis en 2003.

 

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Tripes gratuites

Jackals (scénario de Shinya Murata, dessins de Kim Byunh Jin, éditions Ki-oon, 6 tomes parus série en cours)

Amandine, ancienne collègue et fournisseuse officielle de manga « que j’aurais jamais ouvert ça », me l’avait bien dit : « euh, je te préviens, c’est un poil bourrin… ». Pour le coup, Amandine, je crois que ton analyse est suffisamment fine pour t’offrir un poste de chroniqueur chez nous !

C’est vrai, Jackals, ce n’est pas du manga de sensibles. Ceux qui pleurent en se cassant un ongle (bon c’est vrai ça fait mal !) et n’aiment pas croiser les cadavres de hérisson sur la route au printemps risque de voir leur élan calmé dès les premières (en fait dès LA première) pages.

Jackals se passent à la fin du XIXe siècle à Cicero City, une petite ville (américaine ?) tenue par deux bandes rivales : le clan Gabriela (italiens ?) et le clan Tenmouren (chinois). Friedlich Town (la ville de la paix) est une zone neutre où l’affrontement fait rage, c’est également le lieu de prédilection d’assassins-mercenaires, les Jackals, qui louent leurs services aux plus offrant. Bien entendu, le héros principal de cette histoire est l’un d’entre eux : un dénommé Nichol « Alligator » Heyward. Ce surnom d’Alligator provient d’un héritage de sa maman, une espèce d’épée-hachoir-bouclier assez impressionnant.

Bien entendu, il n’est pas évident de « vendre » ce genre de manga. Oui, il y a des combats à chaque chapitre ! Oui, ça gicle ! Oui, les héros sont balèzes et courageux ! Oui, on trouve de grosses épées (et celles-ci sont sacrément énormes) Oui, oui, oui on est dans les codes d’un manga profilé pour un certain public. Mais, j’ai presque envie de dire… et alors ?
Peut-on faire une œuvre de qualité dans ce genre-là ? Oui bien entendu. Et Jackals en est la preuve. Outre les scènes d’action efficaces de plus en plus spectaculaires, le scénario est suffisamment étoffé pour susciter un autre intérêt que « celui qui a la plus grosse » habituel à ce genre de récit. Entre rebondissements, blessures et fantômes du passé, codes d’honneur et désir de liberté, la tension est palpable et on se retrouve surpris à attendre la suite des aventures de ces faux méchants héros. Reste à savoir ce qui est faux, le méchant ou le héros…
Pour ceux qui intéressent un peu aux jeux vidéo, Jackals est paru dans le magazine Young Gangan de Square Enix. SquareSoft étant l’éditeur de la série des Final Fantasy. Nichol et son pote Foa ne sont pas sans rappeler les héros principaux de la mythique saga où même si les grosses épées sont de rigueur, la qualité des scénarii n’est pas à démontrer.

Pour conclure, Jackals n’est pas à lire si vous souhaitez parler philosophie, littérature où amourettes de lycéennes. En revanche, si vous souhaitez de l’action, du combat et malgré tout un scénario tenant sur autre chose qu’un timbre poste, alors c’est pour vous, sans aucun doute !
On remercie tous Amandine pour ce bon conseil ! Allez, si, si, j’insiste !

Et promis, ma prochaine chronique sera plus calme !

A lire : 20 pages sur le site de manga sanctuary

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Le Retour du p’tit bolet

Litteul Kévin T.8 (dessins et scénario de Coyote, ed. Le Lombard, 2009) 

Au-delà de la nuit dans le Kalahari
Le lion va rugissant comme un gros chat qui miaule…

Ceux qui connaissent la fin de cet authentique joyaux poétique peuvent entrer dans la cabane des lions, les autres devront avoir lu les aventures du plus jeune biker de l’histoire de la BD pour connaître la fin.
Dans la précédente chronique, je vous avais parlé du petit plaisir de revenir dans les lieux que l’on sait agréable. Plus heureux encore est de retrouver, après bien des années d’attentes, les amis perdus de vue. Dans une certaine mesure, les héros de BD sont autant de copains que l’on attend avec impatience au fil des parutions.
Et c’est donc avec une joie quasi-enfantine que j’ai retrouvé Kévin, Gérard (euh… Chacal), Sophie, Hulk  et tous les autres (les
Lions et les frères du Club) et bien entendu la poésie du Kalahari. Si tous ces noms n’évoquent rien pour vous alors il est grand temps, ô chanceux que vous êtes, d’ouvrir les albums de Litteul Kévin, dessiné par Coyote.
On les avait quitté en 2003 dans le tome 7, à l’époque ils s’envoyaient en l’air dans les alpes en pissant sur les castors (non, le
s marmottes) et on les y retrouve (avec de la couleur pour l’édition simple, noir et blanc pour la collector) toujours présent. Nous avons quelques années de plus et eux n’ont pas pris une ride.

Après 6 ans d’attente, on retrouve cet humour biker décalé, la famille de Kévin étant tout sauf aux normes, les jeux de mots foireux (ou pas) et surtout la grande tendresse de Coyote pour ses personnages. Et, pour ce nouvel opus, il a fait le choix de mettre en lumière des personnages secondaires (et d’en introduire de nouveaux) en particulier la belle-mère « adorée » de Chacal. Et c’est sous un jour nouveau, et dans des situations toujours aussi cocasses que Coyote nous fait rire. Comme d’habitude, l’album est composé d’historiettes qui se succèdent pour autant de moments-clefs de la vie de nos héros. Ici, pas de cynisme ou d’humour noir, juste un mélange d’humour (de) brut(e), de finesse et de fausse naïveté pour finalement une série qui n’est pas réservé au gros motards barbus balèzes et buveurs de Jack Daniel’s. Personnellement, à part le fait d’être gros et barbu, je n’appartiens pas à cette catégorie.

Alors bien sûr, j’aurais été sans doute plus exigeant si ce tome était sorti un an après le précédent. A mon humble avis, toutes les histoires ne sont pas de la même qualité. Mais malgré cela, le mérite de Coyote a été de garder l’esprit original de la série tout en faisant évoluer ses personnages et leur univers. Pour le coup, c’est un retour réussi (contrairement à des livres d’or parus récemment mais je ne balance pas).
De toute manière les aficionados comme moi sauront apprécier ce retour, les autres pourront profiter du nouveau tirage de la série (chez Fluide du tome 1 à 7, Le Lombard pour le dernier) pour se pencher avec délice sur les tomes précédents.
A titre d’information, Litteul Kévin (et surtout le tome 5, l’apogée de la série) est l’une des trois séries d’humour à m’avoir fait, au sens propre, pleurer de rire. Les deux autres étant Gaston Lagaffe et Rubrique à brac. On passe vraiment pour un imbécile quand on pleure de rire en plein milieu d’une librairie, croyez-moi !

Bon, je vais m’arrêter là pour aujourd’hui alors salut mes gueules et bonne bourre !!! [Rassurez-vous c’est une citation ]

A découvrir :
le site de Coyote

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Y’a pas de raison…

Points de Vue (scénario et dessins de Peter Kuper, éditions ça et là)

Bon d’accord, je n’ai pas résisté. Les vacances approchent, le rythme se ralentit, je sors de ma grotte d’ours et surtout, je me rends compte qu’écrire des chroniques sur IDDBD me démange très souvent. Alors, pour faire d’une pierre deux coups, j’en profite pour souhaiter un bon anniversaire aux éditions ça et là qui ont fêté leurs 4 ans le 25 mai dernier.

On vous en a parlé régulièrement au cours de nos chroniques : Château l’attente, Bottomless Belly Button, Little Star (Andi Watson), Pictures of you et bien d’autre encore. Et à chaque fois, nous avons souligné la qualité exemplaire de leur travail d’édition et surtout de leurs talents pour dénicher de vraies perles (pardon des petits bijoux). Récemment, je suis tombé sur leur première publication, un petit livre intitulé Points de Vue (Eye of the Beholder) de Peter Kuper, une référence de la bd indépendante américaine. Initialement, les strips de 5 cases de ce recueil ont été publiés dans le New York Times.

En fait, le livre se divise en deux parties. La première est consacrée aux vues subjectives. On ne voit l’action que du point de vue de l’observateur. Ce dernier n’étant révélé qu’à la dernière case (après avoir tourné la page sinon c’est moins drôle). La seconde « regroupe les histoires d’un point de vue extérieur«  (dixit la présentation).
Si je suis moins fan de la seconde partie, la première est vraiment très déroutante. On s’amuse à réflechir aux possibilités offertes par les 4 premières cases et souvent on se retrouve surpris par le résultat.

Ce livre montre surtout la grande vitalité de la bd indépendante américaine jouant sur les codes et les effets de style. C’est sympa, ça se lit avec le sourire au lèvres et ça prouve bien la grande qualité de l’éditeur !
Bon, entre nous, cette chronique a été écrite en moins de 25 minutes, ce qui est un record pour moi. Comme quoi, vous me manquiez !
A bientôt peut-être les IDDBDiens !
PS : je viens de découvrir qu’il existait un tome 2, que je n’ai évidemment pas lu. Donc si quelqu’un…

A (re)découvrir : le blog de ça et là avec les dernières infos sur Virginia de Dash Shaw.
A voir : le site officiel de Peter Kuper

Chroniques BD, Recommandé par IDDBD

Chronique | Amer Béton (Matsumoto)

(scénario et dessins de Taiyou Matsumoto, éditions Tonkam)

Contrastes Urbains

A Takara, mégalopole contemporaine où règnent misère et petites arnaques, Noiro et Blanko sont deux orphelins vivant de rapines et de racket. D’une remarquable agilité, les chats survolent les toits et sont impitoyables. Ils règnent en maitre sur « leur » ville.
Si Blanko est extraverti, complément déconnecté de la réalité, à la limite de la folie, son grand frère Noiro est sombre, secret, toujours prêt à dépasser les limites de la violence. Mais cet équilibre précaire est remis en cause le jour où une série d’évènements vient remettre en cause leur suprématie. Voici le début d’une quête initiatique pour les deux frères… et d’une oeuvre riche et magnifique.

Sorti en 1995 au japon, le manga de Taiyou Matusmoto est une chronique d’une urbanité oppressante, noyant ou plutôt conservant l’individu dans sa folie et dans sa démesure. Takara littéralement Trésorville, est bien plus qu’un décor. C’est un symbole. Si les deux orphelins portent même jusque dans leurs noms sa part d’obscurité et de lumière, les personnages secondaires (en particulier les deux figures formidablement réussies des Yakuza) font également parti de ce corps omnipotent.

Seule figure féminine importante du récit, Takara est une ville-mère, moteur de l’histoire. En effet, ce sont bien ses propres évolutions qui obligent les personnages à se découvrir eux-même, parfois pour leur plus grand malheur. Dans Amer Béton, peu d’entre eux échappent aux vicissitudes de leurs destins même si l’espoir ne disparait jamais.

Le dessin est très surprenant, loin des canons classiques du manga. Il indignera encore plus que d’habitude les ayatollahs du franco-belge. Pas grave on a l’habitude ! Si vous avez la chance de passer outre, alors vous découvrirez une histoire riche, parfois rude et sans complaisance, mais absolument passionnante qui, sous bien des aspects, me fait penser au cultissime Akira de Katsuhiro Otomo. Je regretterai seulement le travail un peu léger des éditions Tonkam. L’absence de traductions d’idéogrammes ou quelques pages d’explication aurait pu être un plus, surtout pour une édition intégrale… Enfin, je chipote…

Avant de refermer cette chronique, je ne saurais trop vous conseiller de voir la superbe adaptation du manga. Un pur joyau d’animation (pour les grands hein, évitez de regarder ça avec vos enfants) !

A lire : la chronique du Monde à l’occasion de la sortie du film

A lire (encore) : la chronique (énorme et archi complète : respect) sur du9.org

A lire (toujours) : le dossier réalisé par le site Akata (Delcourt) sur Amer Béton

A voir : des extraits vidéos du film

A faire : voter pour Jibé et Sans Emploi pour la révélation Blog

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Saint-ple d’esprit

Exauce-nous (scénario de Pierre Makyo, dessins et couleurs de Frédéric Bihel, Futuropolis)

Léonard est un simple d’esprit, employé comme homme de ménage dans un théâtre du Mans. Personnage sympathique et attachant, il possède ses petites habitudes dans un bar du coin où, chaque soir, il retrouve des proches qui, le regard amusé par son éternel lait tiède, attendent avec impatience son incontournable question « tu l’as vue celle que j’cherche ?« . La personnalité de Léonard et cette phrase énigmatique pousse Frank, ami et scénariste en quête d’inspiration, à entreprendre un travail d’écriture et d’enquête sur l’étrange simplet. Ces recherches mènent l’écrivain vers des domaines et des découvertes insoupçonnées.

Voici un album qui mérite son lot de superlatif ! Une fois n’est pas coutume, commençons par le dessin. En toute franchise, je ne m’extasie pas souvent devant un dessin réaliste. J’admire le travail c’est vrai (je suis incapable de tracer une ligne correctement) mais ça me touche en général assez peu. Mais là, le dessin de Frédéric Bihel est simplement beau et d’une grande sensibilité. Les décors en particulier (les rues du vieux Mans, le Bar, l’échoppe du luthier, le théâtre) sont magnifiques. Cette réussite est dûe à une couleur impeccable et surtout lumineuse faisant resortir l’humanité des personnages. Ainsi, le dessin de Frédéric Bihel fait parfaitement écho au scénario de Pierre Makyo (qu’on ne présente plus). Et en bon bédéphile que vous êtes, vous savez que l’harmonie entre le dessinateur et scénariste est un gage de réussite en BD.

Exauce-nous est un album tenant autant à ses personnages principaux qu’à ses « seconds rôles ». Ces amis ou ces proches offrent autant de points d’encrage au récit par des petites histoires parallèles tout en enrichissant à la fois l’intrigue principale et les personnages de Léonard ou de Frank. Ainsi Antoine, Karim, René, Victorine, Ernest, Phil ou Macha sont autant d’éclairages nouveaux (les femmes surtout) pour nos deux protagonistes.
Quant à l’intrigue principale, elle est surprenante, mélangeant volontiers les genres par petites doses. On aime surtout cette façon de laisser le lecteur interpréter les choses à sa façon. Et c’est peu à peu, en compagnie de Frank, que l’on découvre la vérité. Bien souvent, le but est moins important que le chemin parcouru.

Et au final, comme doivent l’être les fables, car s’en est une, il y a une morale touchante et poétique (que je ne dévoilerai pas). Dans cette (en)quête de l’autre, dans cette recherche de la parole et du mot juste (il y a une belle réflexion sur ce sujet) on assiste à une valse des relations humaines, à une belle leçon d’amitié et de tendresse symbolisée par le regard attendri de ses amis sur Léonard, belle figure de l’innocence. Voici sans doute ce qui unit tous ces personnages et qui nous touche. Une belle réussite.

A voir : les planches en ligne sur le site de Futuropolis

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Les sorties récentes… Part III

IDDBD a repéré pour vous (suite)…

IDDBD a fait un petit balayage des sorties récentes pour en faire un tir groupé de pitchs du jour !

Une aventure de Monsieur Pixel (scénario et dessin de Etienne Beck, éditions L’employé du moi)

Personnellement je suis fan…

« Mon enfance a été marquée comme tous les gosses par les legos et les jeux vidéo. J’ai gardé une nostalgie pour ces jeux qui faisaient appel à l’imagination, transformant un triangle avec deux côtés en escalier en un redoutable vaisseau spatial.
Etienne Beck

Monsieur Pixel est dessiné « pixel par pixel » avec quatre feutres, un jaune, un vert, un rouge et un noir. Beck l’a démarré sur un coin de la cuisine, en écriture automatique, et en a fait un récit de 92 pages dans lequel Monsieur Pixel, tour à tour jouet du destin et maître de ses actes, se fiance avec une ravionne, se bat avec son amant, connait la gloire et la déchéance, se fait prédire l’avenir par une cuisinière, catche au Mexique, affronte Roger Waters.

Bien qu’impossible à résumer, ce sinueux récit évite le délire stérile et délivre une raclée d’humour en un bouillonnant et subtil magma de mots et d’images.

À la fin, Monsieur Pixel retombe sur ses pattes, nous laissant bouche bée, comme après un grand film d’aventure lorsque la lumière se rallume dans la salle, un peu perdu, vidé et repu à la fois, un grand sourire aux lèvres. »

A lire : des extraits sur le site des éditions L’employé du moi

Droit dans le mûr (scénario et dessin de Fabcaro, éditions La Cafetière)

« Voici la suite du « Steak haché de Damoclès« , avec cette fois des histoires moins en relation avec des souvenirs d’enfance ou d’adolescence, mais plus en rapport avec les difficultés qui se posent à travers la question « qu’est-ce qu’être mature et adulte ? »
BD autobiographique, où il est question de problèmes de communication, de soucis quotidiens, de timidité, de quiproquos, de malentendus, de rapports humains difficiles, de situations décalées et de lâcheté. Tout ça ?
Sans oublier l’humour ! »

A lire : quelques extraits sur le site de La Cafetière

La saison du Serin (scénario et dessin de Germain Boudier, éditions La Boîte à Bulles)

Originale et palpitante : rappelez-moi ce que l’on demande à une BD ?

« Pour services rendus, Serin se retrouve invité au camping breton de L’Abri Côtier. Dès son arrivée, le détective en vacances est mis au parfum : le lieu est endeuillé par le suicide, l’an passé, de la mascotte du camping, le plus emblématique de tous les habitués. Et Dieu sait qu’il y en a des habitués dans ce camping ! A leur contact, Serin est progressivement saisi de doutes : et si Emile avait été tué ? Et si son départ avait finalement arrangé tout le monde ? C’est ce que va penser Serin dans la première version du livre.

Dans la seconde version du livre (qui lui fait face), Serin est arrivé un jour plus tard, suite à une panne de voiture. Et sa vision des choses est toute autre. Même si les images dessinées par Germain Boudier sont… identiques !

Deux polars donc pour une même intrigue ! Et surtout un superbe exercice de style doublé d’un quasi documentaire plein de verve et d’humour sur la vie au camping. Tout le monde s’y reconnaîtra ! »

A lire : quelques planches sur le site de La Boîte à Bulles, ainsi que des liens vers des chroniques de cet album pour le moins original

Death Note – Tome 12 (scénario de Tsugumi Ohba, dessin de Takeshi Obata, éditions Kana)

Je ne vous présente plus ce manga dont IDDBD est complètement accro ! Utilisez donc le moteur de recherche d’IDDBD pour vous en rendre compte.

« Le dénouement est proche pour Light et Near qui vont enfin s’affronter ! Quelles stratégies ces deux esprits hors du commun ont-ils donc élaborées pour prendre le dessus sur leur adversaire ?

Dernier chapitre pour le Death Note qui se refermera définitivement après cet ultime duel ! »

Un enterrement de vie de jeune fille (scénario et dessin de Hervé Bourhis, éditions Dupuis)

Les lecteurs réguliers d’IDDBD savent que Hervé Bourhis fait partie du carré VIP de ce blog ! Nous n’avons donc aucun mal à saluer son dernier album et à vous recommander chaudement ce magnifique road-movie

« Quitterie et Auréole kidnappent Anne, leur meilleure amie, pour une virée prénuptiale, mais, à peine les premières épreuves potaches ont-elles commencé, que Anne leur apprend qu’elle annule le mariage. Le week-end commence…

Un enterrement de vie de jeune fille est un instantané contemporain de la vie de trois filles au seuil de la trentaine, avec tout ce que ça peut comporter de rires et de larmes, de cafeterias d’autoroute, de culpabilités, de faux-semblants, de bals populaires, de choix cornéliens, de cuites du samedi soir, d’hypocrisie et d’amitié mise à mal, de problèmes de téléphones portables et bien sûr… d’enterrements de vie de jeune fille.

Dans « Un enterrement de vie de jeune fille« , Hervé Bourhis, qui a été révélé en 2002 par le prix Goscinny (prix du meilleur jeune scénariste) qu’il a reçu pour Thomas ou le retour du Tabou (collection Tohu-Bohu, Les Humanoïdes associés), nous parle des choix qui se font au seuil de la trentaine, de la fin définitive de l’adolescence quand on est confronté à la mort, à la séparation. Sans pathos, mais toujours un peu acide, sa chronique sonne juste.

Son regard acéré sur le monde contemporain lui a servi à développer une oeuvre mordante, qu’il s’acoquine avec un coauteur (comme Rudy Spiessert, pour Le Stéréo-Club ou Ingmar) ou qu’il travaille en solo (Comix Remix, Le petit livre rock). »

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